Bonus

Sélections – 15 festivals (Clermont-Ferrand, Metz, St Benoît de la Réunion, Rome, Cologne, Uppsala, Sousse, Rimouski, Pordenone, Tasmanie…). Multi-diffusion – Artv Canada

L’histoire, en quelques mots
Claire, onze ans, porte en elle un lourd secret. Mais ni son papa, ni personne d’autre ne le saura jamais. Sauf peut-être Éric, son copain de jeu, qui n’a pas peur de tonton Étienne.

C’est grâce à Laurent Bachet, un ami réalisateur, que j’ai pu rencontrer Marie Borrelli, une scénariste-réalisatrice. J’ai très vite voulu lire ce qu’elle écrivait. Un roman, des nouvelles : je découvrais l’intimité d’une jeune fille fantasque. Au milieu de toutes les feuilles qu’elle m’avait laissé en vrac, le scénario d’un film court, Même pas mal (la première partie du film y était déjà inscrite, pratiquement mot pour mot). J’ai tout de suite été frappé par la première scène, telle quelle, ainsi que par la justesse de ton du dialogue des enfants.

Marie avait écrit ce scénario dix ans auparavant, et puis l’avait laissé là, définitivement… Si elle n’en faisait pas un film, moi je le ferai. J’y voyais, à travers la mise en scène de la violence muette et inouïe de l’abus sexuel sur les enfants, une dénonciation de l’abus de pouvoir. J’y retrouvais également des thèmes qui me sont chers tels que l’amitié, le jeu, l’omniprésence des rapports de force entre les êtres et l’existence d’un monde parallèle : l’imaginaire.

Au cours du long travail de réécriture, d’abord avec Marie, puis en commun avec Michel Meyer qui nous a rejoint en avril 1999 (grâce à l’APCVL), et tandis que le scénario prenait forme, je faisais mien l’univers de Marie.

Résoudre la problématique de départ uniquement à travers l’action, finir le film dans le silence (véritablement) ainsi que localiser toute l’histoire au bord de la Loire se sont progressivement imposés à moi. La Loire, justement, me semblait bien servir le propos : son calme trompeur et ses tourbillons épars, la mousse jaunâtre qu’elle charrie quand elle est en crue, son lit presque asséché en été, ses rives alors blanches, sableuses et dangereuses…

J’avais également le désir très fort de tourner cette histoire en CinémaScope, avec une caméra toujours à hauteur d’enfant. Enfin, j’ai eu la chance de pouvoir m’entourer de collaborateurs aguerris : le chef opérateur image, Philippe Van Leeuw, avait éclairé La Vie de Jésus de Bruno Dumont, et le chef opérateur son, Pascal Ribier, a fait le son des 10 derniers films d’Éric Rohmer. Seuls les deux enfants n’avaient jamais joué devant une caméra, les adultes sont des acteurs chevronnés… J’avais rêvé de travailler avec lui, j’ai eu le privilège de pouvoir le faire : Rüdiger Vogler, l’acteur fétiche de Wim Wenders, qui était entré il y a une quinzaine d’années dans ma mythologie personnelle de cinéma avec Alice dans les villes (1973-74) et Au fil du temps (1976). Dans ce dernier, il interprétait d’ailleurs le rôle d’un projectionniste itinérant.

Pierre Filmon

Réalisation
Pierre Filmon

Avec
Carol-Anne Rouvier, Youri Babillot, Nathalie Jouin,
Christophe Thébault, Christophe Odent et Rüdiger Vogler

Scénario
Marie Borrelli | Michel Meyer | Pierre Filmon

Image
Philippe Van Leeuw | Thibaut de Chemellier | Carole Lapouge

Son
Pascal Ribier | Laurent Charbonnier

Assistant réalisation
Eric Demeure | Natacha Louis

Scripte
Sophie Feldman

Electriciens
Marc Elusse | Franck Baldo

Machinistes
Richard de Vadder | Clément Deconinck | Laurent Noizat

Maquilleuse coiffeuse
Sylvie Benoît

Décorateur
Emmanuel Vernet

Accessoiriste
Natacha Louis

Photographe de plateau
Caroline Noiret

Régie
Benjamin Cohen | Cédric Chapon | Vanessa Ode

Production
Marc irmer | Marie-Eve Piron | Farès Ladjimi

Montage image
Anouk Zivy

Montage son
Séverin Favriau

Bruitage
Nicolas Becker | Toni di Rocco

Mixage
Emmanuel Croset

Musique
Alain Berlaud | Bank Sary

Production
Marc Irmer pour 1001 productions

Remerciements
Alain Beaufils, Jean-Pierre Jacques, l’équipe des maîtres nageurs sauveteurs de Beaugency, Jean-Philippe Varin, Monsieur Poulain, Odette Baudaire, Madame Bûche, Jean-Claude Bello, Claude Boscariol, Didier Levy Haussmann, Maud Perrochon, Adjudant Chenot, Jean-Maxime Cointreau, Aurélien Martin, Adeline Duprat, Matthieu Fichet, la Garde républicaine de Chambord.
Brahim Belgour, La famille Martin, Monsieur Heroult, Marcel Guillon, Claude Grégoire, Jeaninne Moreau, Raphaël Sohier, Benjamin Weil, Morad Kertobi, Thierry Tronchet, Sophie Audier, Valérie Degraef, Nathalie Cikalowski, Michel lagrange, Jacques Videt, Gérard Dumard, Monsieur Couté, Bruno Aïm, Monsieur Borget, Madame Angelis, Christian Tison, Alain Goudry, Xavier Liébard, Thadée Bertrand, Sylvie Benoît, Bérangère Bonvoisin, Robert Keramsi,
et tous les habitants de Baule (45), Meung/Loire (45) et Chouzé/Loire (37)

LA CUISINE INT / JOUR

Été. Beau temps. C’est le matin.
CLAIRE, une fillette de huit ans, à l’allure gauche, est dans une cuisine avec ÉTIENNE, la cinquantaine et le cheveu rare.
Claire porte une robe d’été à bretelles et à petits motifs. Elle tortille nerveusement la ceinture de sa robe entre ses doigts. Étienne, de dos, a un pantalon gris en toile et une chemise légère.
Appuyée contre le radiateur, Claire est dos à la fenêtre fermée, bloquée par le corps trapu d’Étienne.

ÉTIENNE (doucement)
Tu as déjà vu le zizi de ton papa ?

Claire secoue négativement la tête.

ÉTIENNE
Tu veux voir le mien ?

La main d’Étienne défait sa braguette. Il se caresse de la main droite. Claire regarde Étienne faire.

CLAIRE
C’est gros !

ÉTIENNE
Tu peux toucher si tu veux.

Étienne, de dos, avance d’un pas.

CLAIRE
Non…

ÉTIENNE
C’est doux, tu sais.

CLAIRE
Pas maintenant.

ÉTIENNE
Comme tu veux.

Étienne, toujours de dos, referme sa braguette. Il caresse de la main droite le visage de Claire qui fait une mine de dégoût.

ÉTIENNE
Hier soir, tu as bien fait ce que je t’ai dit de faire ?

Claire ne répond pas.

ÉTIENNE
Tu ne l’as pas fait ?

CLAIRE (baissant le regard, mentant ostensiblement)
Si, mais ça fait mal.

ÉTIENNE
C’est parce que tu ne le fais pas assez longtemps pour que ça te fasse du bien. Je vais te montrer comment il faut faire.

Étienne s’accroupit. Sa tête est à la même hauteur que celle de Claire.

ÉTIENNE
Tu as une jolie robe, dis donc. Tiens-la.

Claire relève sa robe timidement au-dessus de son ventre.

ÉTIENNE
Oh ! Quel ravissant petit nombril !

Il met son doigt dedans. Claire rit.

ÉTIENNE
Ding Dong, y’a quelqu’un ? On peut entrer ?

Il caresse de sa grosse main le ventre de Claire, qui agrippe le radiateur et se raidit. Dehors, une mouette crie. Claire lève la tête brusquement, lâche sa robe et se tourne vers la fenêtre.

CLAIRE
Oh, regarde, les mouettes ont faim ! On va leur jeter de la nourriture.

Claire ouvre la fenêtre. La vue donne sur une large cour intérieure. On distingue une dame qui étend son linge sur la terrasse de la maison d’en face. C’est POMMONE, la quarantaine passée. Elle porte un large chapeau de paille.

CLAIRE
Pommone ! Pommone !!

Pommone se retourne et fait bonjour vers Claire et Étienne, puis elle continue à étendre son linge.
Claire lance du pain en l’air. Autour de la fenêtre, des mouettes volent en criant.

2 AU BORD DE LA LOIRE EXT / JOUR

Vol de mouettes sur la Loire. Début d’après-midi, le soleil tape fort. On découvre Pommone qui bronze, corps huilé et seins nus, allongée sur un matelas pneumatique bleu. Elle porte des lunettes de soleil avec de grands carreaux. Elle a un grain de beauté au coin de la lèvre.
Au loin passe un marchand de glaces. Il fait sonner la cloche de sa roulotte. Pommone tend le bras vers son chapeau de paille et le met sur son visage.
À l’écart, assis côte à côte près de la rive à l’ombre, ÉRIC, neuf ans, et Claire sont sur une serviette. Ils boudent. Des cartes à jouer sont éparpillées par terre comme si on les avait jetées. Claire, les genoux remontés sous le menton regarde devant elle, le visage renfrogné.

CLAIRE
T’es qu’un sale tricheur et qu’un sale menteur !

ÉRIC
Non !

CLAIRE
Je jouerai plus jamais avec toi !

ÉRIC (haussant les épaules)
M’en fiche, j’voulais plus jouer.
(se levant) J’vais me baigner.

Éric part en courant vers un large plan d’eau aménagé près de la Loire.

CLAIRE
Pommone ! (plus fort) Pommone ! Éric il a pas mis son bonnet de bain et il va dans l’eau !

Pommone se redresse.

POMMONE
Éric !

CLAIRE (plus bas)
Et en plus, ça fait pas deux heures qu’il a mangé et il va s’électrocuter ! (chantonnant) Et il mourira et ce sera bien fait pour lui !

POMMONE (plus fort, toujours sans bouger)
Éric ! Viens mettre ton bonnet en vitesse ou je viens te chercher !

Éric sort de l’eau en râlant et tire la langue à Claire.

CLAIRE (fort)
Pommone, Éric il m’a tiré la langue !

POMMONE
Pour la dixième fois Éric, laisse Claire tranquille !

Claire tire la langue à Éric en cachette de Pommone.
Pommone envoie un bonnet rose avec des fleurs en relief à Éric.

ÉRIC (laissant tomber le bonnet)
J’suis pas une fille, j’mets pas ça !

POMMONE (autoritaire)
Pas de bonnet, pas de baignade et une paire de claques en prime ! (se rallongeant) C’est qui qui va encore me faire une otite après ?

Éric ramasse le bonnet, grogneur, l’enfile et s’éloigne un peu.

CLAIRE (à Éric)
Wouah ! C’est joli, mademoiselle Éric !

Éric se précipite vers la Loire et remplit son bonnet d’eau. Claire se lève et fonce vers Pommone. Éric court après Claire et déverse le contenu du bonnet sur elle. L’eau éclabousse Pommone qui se redresse brusquement.

POMMONE
Éric !

ÉRIC (désignant Claire du doigt)
C’est elle qu’a commencé.

POMMONE
ça suffit, va jouer ailleurs !

Éric part en courant vers une dune de sable. Claire le regarde, assise à côté de Pommone.

POMMONE (à elle-même)
Mais qu’est-ce que j’ai fait pour avoir un garçon pareil !

CLAIRE
Ben moi plus tard, j’aurai jamais de garçon.

POMMONE
Tu as raison ma puce, on est bien qu’entre filles.

Pommone se met du rouge à lèvres en pinçant la bouche. Puis elle redresse le buste, les seins en avant, sous le regard de Claire. Pommone lui sourit et se rallonge.

POMMONE
… pousse-toi un peu, Clairette, tu me caches le soleil !

Claire voit arriver un homme barbu au loin. On reconnaît Étienne. Claire se lève et part en courant vers la dune de sable.

3 PRÈS DES SABLES MOUVANTS EXT / JOUR

Claire arrive sur la dune. Éric, de l’autre côté, en contrebas joue tout seul. Claire dévale la pente.

CLAIRE
Éric, Éric, y’a l’ami de mon papa qu’arrive !!

ÉRIC (sans la regarder, boudeur)
J’m’en fous.

L’endroit est désert. On distingue un panneau « Zone Dangereuse ». Éric est assis en avant du panneau. Le bonnet rose avec des fleurs en relief a été jeté sur les sables. Éric, avec une branche, enfonce le bonnet dans les sables mouvants. Le bonnet disparaît.
Claire remonte la pente et s’accroupit derrière des branches mortes pour espionner l’autre côté sans être vue.

4 AU BORD DE LA LOIRE EXT / JOUR

Étienne arrive à la hauteur de Pommone. Il lui fait de l’ombre. Surprise, Pommone se redresse d’un coup.

POMMONE
Ah, c’est vous Étienne ! Vous m’avez fait peur.

ÉTIENNE (visiblement gêné)
Je… je passais dans le coin.

POMMONE (suave)
Vous venez vous baigner ?

ÉTIENNE
Non, non, je passais comme ça.

POMMONE
Vous devriez enlever votre veste et vous mettre à l’aise !

Pommone se rallonge.

ÉTIENNE (toujours droit comme un piquet)
Euh… Claire n’est pas là ?

POMMONE (appuyée sur les coudes)
Elle joue avec Éric.

ÉTIENNE
Ils jouent où exactement ?

POMMONE
Je ne sais pas, là-bas… pour une fois qu’ils me laissent tranquille ! (riant) Mais qu’est-ce que vous avez tous à me cacher le soleil ! Asseyez-vous donc !

ÉTIENNE (changeant brusquement de ton)
Non, non, il faut que j’y aille… je ne faisais que passer. Je ne vous fais pas la bise, j’y vais.

Étienne s’en va. Pommone lui fait au revoir de la main puis se rallonge au soleil.
On voit au loin une voiture de gendarmerie garée.

5 PRÈS DES SABLES MOUVANTS EXT / JOUR

Claire est toujours accroupie cachée en haut de la dune. Elle a un air soulagé. Elle se laisse glisser le long de la dune de sable vers Éric.

CLAIRE
… dis, on joue à « Attrape-moi » ? (un temps) Tu fais la tête ??

ÉRIC (sans la regarder)
C’est interdit aux filles ici.

CLAIRE (avançant)
… si t’as envie, j’peux te dire un secret.

ÉRIC
T’as pas le droit de marcher là, c’est interdit aux filles.

Claire hausse les épaules.

CLAIRE (avançant encore)
C’est interdit à tout le monde !

Éric lui donne un coup avec sa branche, elle se recule.

ÉRIC
Non moi je risque rien c’est moi le plus fort.

CLAIRE
C’est mon papa le plus fort et lui y dira que j’peux marcher là si j’veux !

ÉRIC (supérieur)
Menteuse ! T’as pas de papa, on le voit jamais !

CLAIRE
Si j’en ai un !

Éric joue avec le panneau « Zone Dangereuse » qui tourne sur lui-même et qui reste face vers la Loire, dos à la dune de sable.

ÉRIC
N’importe quoi !

CLAIRE
Si, et même que je viendrai avec lui demain et tu seras bien embêté ! (lui tirant la langue) Et mon secret, tu l’ sauras jamais.

6 LA CUISINE INT / SOIR

C’est le soir. La nuit tombe.
Claire et un homme sont dans la cuisine. Lui tourne le dos à Claire assise sur une chaise tournante, à côté de la fenêtre grande ouverte. Elle surveille la cuisson d’un gâteau.

CLAIRE
Papa ?… Papa…

Le père, face à l’évier, n’a pas entendu. Il nourrit trois chats qui miaulent. Il a de gros ciseaux à la main et découpe des abats bien rouges. Le père, la cinquantaine, porte des lunettes de vue qui lui donnent un côté intello et un peu dans son monde.

CLAIRE (regardant le four)
Papa… Y va être trop cuit mon gâteau !

LE PÈRE (sans se retourner)
Un instant, je finis de nourrir les chats et je m’occupe de toi.

CLAIRE (râlant)
Toute façon, faut toujours attendre avec toi !

LE PÈRE
Claire, je n’ai que deux mains ! Tu as voulu des chats, il faut bien s’en occuper !

Claire boude. Elle balance ses jambes en faisant cogner ses pieds contre le four.

LE PÈRE
Oh oh oh !! Et bien, qu’est-ce qu’il y a ?

CLAIRE
Rien ! Toute façon c’est trop tard ! Tu sauras jamais !

Le père, qui a fini de nourrir les chats, se tourne vers elle.

LE PÈRE (souriant)
Tu boudes maintenant ?… tu n’as pas passé une bonne journée ?

Le père s’abaisse pour être à sa hauteur.
Claire, la mine renfrognée, se retrouve à la même place qu’à la séquence 1, avec la fenêtre ouverte dans le dos. On entend les mouettes crier.

LE PÈRE (approchant affectueusement sa main)
Tu as une jolie robe ma chérie !

CLAIRE (repoussant sa main)
Me touche pas !

LE PÈRE
Ben pourquoi ?

CLAIRE
Parce que… t’es jamais là quand y faut.
J’suis toujours toute seule ! Tu m’aimes pas !

Le père met ses deux mains sur les bras de Claire.

LE PÈRE
Ma petite Claire chérie, tu sais bien que papa travaille ! Tu n’as pas voulu que j’invite Étienne à dîner pour qu’on soit tranquilles tous les deux, très bien !… et puis tu n’étais pas toute seule aujourd’hui ! Lui qui est gentiment venu pour les vacances, il a encore passé la matinée avec toi ! Et cet après-midi tu étais avec ton ami Éric et sa maman Pommone qui t’aime, non ?!

CLAIRE
Oui mais toi, tu m’aimes comment ?

LE PÈRE

CLAIRE (minaudant)
… comme maman ?

Claire imite le geste de se mettre du rouge à lèvres, comme Pommone sur la plage. Puis elle redresse sa poitrine, toujours comme Pommone. Surpris, le père enlève les mains des bras de sa fille et s’arrête un instant, puis l’air de rien :

LE PÈRE
Écoute, j’ai une idée, demain c’est dimanche, on fera ce que tu voudras, d’accord ?

CLAIRE
… je veux aller à la mer.

LE PÈRE
Claire on en a déjà parlé, c’est pas possible, en ce moment, pour si peu de

CLAIRE (voix plaintive de petite fille)
Demain je veux que tu viennes avec moi, Éric et Pommone pour jouer au bord de la Loire.

7 AU BORD DE LA LOIRE EXT / JOUR

Plein soleil.
On voit Pommone en train de se faire bronzer sur son matelas pneumatique bleu, et le père, costume et chemise ouverte, plongé dans une lecture, en sueur.

8 PRÈS DES SABLES MOUVANTS EXT / JOUR

Claire et Éric sont assis pas très loin des sables mouvants, sur une paillasse. Ils jouent aux cartes. Claire a sa main posée à plat sur la paillasse. Éric retourne la première carte d’un paquet. C’est un 2 de carreau.
Avec son poing, Éric tape 2 fois la main de Claire qui se pince les lèvres pour ne pas montrer sa douleur. Éric retourne une autre carte : 3 de coeur.
Il passe 3 fois la paume de sa main durement sur celle de Claire.

CLAIRE (retirant sa main brusquement)
Aïeuh ! Tu dois pas faire aussi fort. Moi j’fais doucement.

ÉRIC
J’fais pas fort !

CLAIRE (faisant le geste en douceur sur la main d’Éric)
Moi j’t’ai fait comme ça tout à l’heure.

ÉRIC (haussant les épaules)
ça fait rien du tout. J’ai rien senti ! C’est parce que t’es douillette. J’y peux rien si les tortures c’est la règle.

CLAIRE
Toi tu fais mal.

ÉRIC
Si tu veux, on fait pas les tortures, mais en échange, tu dois me dire ton secret ! J’te jure que je le répéterai pas, croix de bois croix de fer si j’mens j’vais en enfer.

Éric crache par terre. Claire, dégoûtée, fait non de la tête.

ÉRIC
Comme tu veux. Alors redonne-moi ta main.

Claire repose sa main à plat sur la paillasse. Éric retourne une carte.

ÉRIC
5 de trèfle !

CLAIRE
Oh non, pas de trèfles ! Le double de carreaux si tu veux mais pas 5 trèfles.

Éric tord très vite cinq fois la main de Claire.

CLAIRE (retirant sa main)
Aïeuh ! T’es méchant, tu m’fais mal !

ÉRIC (chantonnant)
Femmelette, omelette ! Femmelette, omelette !

CLAIRE (se levant brusquement)
Je vais l’dire à mon papa !

ÉRIC
Si tu l’dis, moi j’dirai que t’as un secret que j’connais pas !

Claire fait quelques pas, hésite. Éric se lève et monte la dune de sable en courant.

9 AU BORD DE LA LOIRE EXT / JOUR

Éric court vers Pommone et le père de Claire.

ÉRIC (fort)
Maman ! Maman ! Claire elle a un secret et elle veut pas nous le dire !

Pommone et le père de Claire redressent la tête. Claire arrive derrière en courant et se blottit contre son père en lui prenant la main.

POMMONE
C’est vrai ça, Claire ?

CLAIRE (se reculant contre son père)
Éric, il est méchant avec moi.

LE PÈRE
Allons, allons, les enfants, soyez sages et allez jouer gentiment. (à Éric) Un secret, ça ne se dit pas.

POMMONE
Oh, mais pourquoi ? Je suis sûre que ça ne regarde que les filles. Et à moi elle va me le raconter, hein ma puce ?

Claire se tortille de plus en plus contre son père.

ÉRIC
Peuh ! J’suis sûr que c’est un faux c’est qu’une menteuse !

LE PÈRE
Mais non, enfin, un secret c’est un secret, ça ne se dit pas, c’est le principe même du secret.

POMMONE (vexée, tendant l’huile solaire au père)
Voulez-vous bien me mettre de l’huile, merci.

Claire prend la bouteille des mains de Pommone, l’ouvre et met du produit dans la main de son père.

CLAIRE
Tu m’en mets Papa ?

Le père met de l’huile solaire sur le bout du nez de Claire. Elle rit. Éric les regarde. Pommone s’est mise sur le ventre, dos au soleil.

CLAIRE (à son père)
Fais-moi la tête à Toto.

Avec de l’huile solaire au bout de l’index, le père dessine un petit rond à gauche du nombril.

LE PÈRE (voix-off)
Zéro… Plus (il trace un plus sur le nombril)… Zéro (petit rond à droite du nombril)… égal (un égal sous le nombril, et traçant un cercle autour des deux zéros, du plus et du égal) : la tête à Toto !

Claire éclate de rire.

POMMONE (fort)
Je brûle.

Le père se tourne vers Pommone.

LE PÈRE
Ah oui, pardon.

Le père commence à enduire le dos de Pommone de crème. Claire jette un mauvais oeil à Pommone. Le père ne regarde plus Claire qui s’éloigne seule, l’air renfrogné. Éric ne la quitte pas des yeux. Elle disparaît derrière la dune de sable.

POMMONE
Un peu plus haut, sur les épaules aussi.

Éric court après Claire.

10 PRÈS DES SABLES MOUVANTS EXT / JOUR

Éric descend en glissant de la dune de sable. Claire s’est assise près des sables mouvants. Elle fouille le sol avec une branche qui s’enfonce facilement.

ÉRIC
C’est bête les adultes, non ? Bon, à quoi on joue ?

CLAIRE
À rien. Ici, c’est interdit aux garçons.

ÉRIC (s’avançant quand même)
Tu m’copies dessus !

CLAIRE
J’fais c’que j’veux.

ÉRIC
Non, t’as pas le droit de l’dire, c’est moi qui l’ai trouvé, toi, tu dois trouver autre chose !

Silence. Éric s’assoit à côté de Claire. Un temps.

CLAIRE (toujours fouillant la terre)
C’est l’histoire d’une petite fille qui peut pas parler.

ÉRIC
Elle est muette ?

CLAIRE
Non, mais elle peut pas parler. Elle vit avec son Papa. Son Papa, il nourrit les chats et elle, elle a fait un gâteau. Et quand l’histoire commence, elle surveille la cuisson du gâteau.

11 LA CUISINE INT / JOUR

vision de Claire.

Claire et son père sont dans la cuisine. Elle est assise sur la chaise tournante, en train de surveiller la cuisson du gâteau. Lui, face à l’évier, nourrit les trois chats qui miaulent, tout cela comme dans la séquence 6.
Par la fenêtre ouverte de la cuisine, des mouettes devenues énormes volent en criant. Claire se penche vers la porte vitrée du four et allume la lampe intérieure pour observer son gâteau. Le gâteau est à plusieurs étages et a de la crème chantilly en abondance. Brusquement
des centaines de cafards sortent de tous les côtés du gâteau.
Claire fait un geste de recul et se retourne vivement. Les mains sur les hanches, elle parle droit à la caméra :

CLAIRE
Éric ! Enlève tes cafards tout de suite ! C’est dégoûtant ! T’as pas le droit de mettre des choses qui font peur !

12 PRÈS DES SABLES MOUVANTS EXT/JOUR

Éric et Claire, toujours assis au bord de la Loire (suite de 10) :

ÉRIC (répondant à la précédente réplique de Claire)
Si j’ai le droit puisqu’on joue !

CLAIRE
Alors c’est moi qui choisis où on les met ! On va les mettre sur Étienne et comme ça, quand il s’approche de la petite fille,

13 LA CUISINE INT / JOUR

Vision de Claire, suite de 11.

Le père s’approche de Claire en souriant. Il s’accroupit et met la main sur la robe de Claire au niveau du ventre. Claire gonfle son ventre. Son père lui fait des chatouilles.
Par la fenêtre, on voit Pommone qui regarde ce qui se passe.
Maintenant le père est remplacé par Étienne qui fait des chatouilles à Claire. Un temps.
Sexe masculin qui se couvre de cafards.
Des chats énormes, la gueule ouverte, miaulent. On voit leurs crocs.
Puis le visage du père.

LE PÈRE (voix blanche)
T’as déjà vu un zizi ?

14 PRÈS DES SABLES MOUVANTS EXT/JOUR

Éric et Claire, toujours assis au bord de la Loire (suite de 12) :

ÉRIC (vif)
T’es nulle pour raconter ! J’comprends plus rien moi ! Les cafards, ils sont sur Étienne ou sur ton papa ?

CLAIRE
Non c’est toi qu’es nul ! Je parie que t’as jamais vu un zizi !

ÉRIC
Bah si !

CLAIRE
Bah non, pas riquiqui comme le tien, un zizi pour de vrai, comme pour les papas. Je suis sûre que t’en as jamais touché !

ÉRIC (ébahi)
Han là là ! T’as touché le zizi de ton papa ?! Tu vas aller en prison ! Tu vas aller

CLAIRE (le coupant)
Mais non, pas le zizi de mon papa !

ÉRIC (faisant bisque-bisque rage et chantonnant)
Tu vas aller en prison ! Oh là là, tu vas aller en prison ! Tu vas aller en prison.

CLAIRE
Ça va pas la tête ! C’est pas moi qu’irai en prison c’est la dame d’en face qu’a tout vu et même qu’elle a rien dit !

Éric se tait d’un coup.

ÉRIC
Y a une dame qu’espionne ?

CLAIRE
Ouais, et même qu’elle porte des lunettes de soleil…

15 LA CUISINE EXT / JOUR

Vision de Claire, suite de 13.

De la fenêtre de la cuisine, on voit de plus en plus nettement la dame d’en face qui étend son linge, conformément à la description de Claire.

CLAIRE (voix-off)
… et elle a les seins nus et elle est très bronzée…

Claire est à la fenêtre ouverte de la cuisine. À côté de Claire, il y a Éric qui regarde.
On voit Pommone, chapeau de paille et seins nus, qui les regarde.

CLAIRE (voix-off)
… son corps est huilé. Elle a un grain de beauté au coin de la lèvre…

Éric n’est plus là. Claire est seule à la fenêtre.

16 AU BORD DE LA LOIRE EXT / JOUR

Pommone est allongée seins nus sur son matelas pneumatique bleu. Le père de Claire est toujours plongé dans sa lecture.
Éric est debout sur la dune de sable.

17 PRÈS DES SABLES MOUVANTS EXT/JOUR

Éric se retourne vite fait et dévale la pente vers Claire qui s’éloigne des sables mouvants. Claire court presque.
Éric lui court après.

ÉRIC (fort)
Mais c’est ma mère que tu décris ! C’est pas une espionne t’es folle, et elle se balade pas les seins nus ma maman !

CLAIRE (toujours courant)
Ah non ? Et là, elle est comment ?

ÉRIC
Sur la plage mais pas à la maison !

CLAIRE
Ouais ben moi ma mère, elle le ferait même pas sur la plage !

ÉRIC
Tu peux pas te souvenir, t’étais trop petite quand elle est morte !

CLAIRE (fort)
C’est même pas vrai d’abord !

Claire s’est arrêtée. Elle fait face à Éric. Ils se sont tous les deux arrêtés loin de la dune de sable, complètement à l’écart des adultes.

ÉRIC
Si ! Parce que si t’avais une maman tu saurais qu’on peut avoir les seins nus à la plage mais pas à la maison ! Même que t’es pas une vraie fille parce que tu sais même pas les choses des filles !

CLAIRE (se jetant sur lui)
C’est pas vrai !

Claire et Éric se battent. Éric prend le dessus. Il est sur Claire. Il a maîtrisé ses deux mains et la bloque par terre. Claire tape des pieds mais ne peut plus rien faire.

CLAIRE (criant)
Aïeuh ! Tu m’fais mal ! Lâche-moi !

ÉRIC
Si tu retires c’que t’as dit sur ma mère. C’est pas une espionne qu’a les seins nus !

CLAIRE (se débattant)
Jamais !

Éric lui serre les poignets plus fortement. Claire continue de se débattre. Éric est à califourchon sur elle.

ÉRIC (supérieur)
Tant pis pour toi !

CLAIRE
T’as pas le droit de me toucher le zizi !

ÉRIC
J’te touche pas le zizi, on se bat !

CLAIRE
Si ! T’es comme Étienne ! T’arrête pas de me toucher !

Éric la lâche brusquement et se met assis sur le côté. Claire se redresse et s’assoit à côté d’Éric.
Un temps.

ÉRIC
… il t’a touché le zizi, Étienne ?

CLAIRE (bas)
… il m’oblige à le toucher… et moi il me touche aussi.

Silence.
Éric ne dit plus rien.
Au loin on entend la cloche du marchand de glaces qui sonne. Claire est recroquevillée dans son coin, son visage dans les mains.

ÉRIC (la tête à l’envers, essayant de voir son visage)
Tu pleures ? Tu sais, si tu veux, moi je dirai rien à maman, comme ça t’iras pas en prison.

CLAIRE (redressant la tête, dure)
T’as intérêt à rien raconter, c’est notre secret.

ÉRIC
… qu’est-ce que tu vas faire ?

CLAIRE
Je sais pas.

Claire réfléchit.

18 LA CUISINE INT / JOUR

Vision de Claire.

Claire est assise derrière la table de la cuisine, dos à la fenêtre ouverte. Des cartes à jouer sont posées sur la table. Il y a aussi un gâteau à plusieurs étages plein de chantilly (identique à celui qui était en train de cuire précédemment).
Claire trie les cartes jusqu’à trouver le 10 de trèfle. Puis elle remet le tas en place en face d’elle. Claire pose la carte au-dessus de la pile en la retournant pour qu’on ne voie pas que c’est un 10 de trèfle. Elle attend.
Étienne arrive et s’assoit devant elle. Il mange un gros morceau de gâteau. Claire tire la grosse main d’Étienne et la pose à plat sur la table.
Les petits doigts de Claire commencent à tordre très fort la main d’Étienne.

En son-off, on entend le rire d’Éric.

19 À L’ÉCART DES SABLES MOUVANTS EXT / JOUR

Éric est en train de rire. Claire a une mine boudeuse.

ÉRIC (riant)
Ça lui fera même pas mal, ça !

CLAIRE
Si ! Puisque moi ça me fait mal !

ÉRIC (riant)
C’est parce que t’es une femmelette ! (voyant la mine ronchon de Claire) Fais pas la tête ! Si tu veux lui faire mal, vaut mieux que tu le découpes en morceaux !

CLAIRE
Avec les ciseaux pour les chats ? J’y arriverai jamais !

ÉRIC (définitif)
Non pas avec les ciseaux, c’est pas possible.

Au loin, en haut de la dune de sable apparaît un homme barbu en short de bain. C’est Étienne. Il les voit.
Claire et Éric lui tournent le dos.

CLAIRE (à Éric)
Et si je mets du poison dans le gâteau ?

ÉRIC
On saura que c’est toi la coupable !…

CLAIRE (d’un coup)
Je sais ! ’Y a qu’à le jeter par la fenêtre de la cuisine !

ÉRIC
Il est trop gros ! Tu pourras pas le pousser !

On voit qu’Étienne s’approche avec, à la main, deux cornets de glace.

ÉRIC (soudain son visage s’illumine, à Claire)
Y’a qu’à le noyer dans la Loire !

CLAIRE
Oui mais si on fait ça, faut aller dans l’eau et moi j’veux pas avoir de l’eau dans les narines !

ÉRIC
Oh, chochotte !

CLAIRE
Et puis j’aime pas quand j’ai plus pied. (réfléchissant) Non, ça va pas, faudrait autre chose

Claire se retourne d’un coup et d’un bond elle s’enfuit, vers les sables mouvants.
Éric lève la tête, surpris. Étienne est là avec ses deux cornets de glace, droit comme un « i », assez impressionnant.

ÉTIENNE (regardant Claire qui fuit, puis Éric)
Qu’est-ce que vous faites ??

Éric se redresse d’un coup. Il est debout face à Étienne avec ses glaces. Éric fait une sorte de « rempart » avec son corps, se grandissant au maximum.
Étienne tend un cornet.

ÉRIC (dédaigneux)
On n’aime pas la glace.

ÉTIENNE
C’est du chocolat.

ÉRIC
J’aime pas le chocolat.

Étienne tend l’autre cornet à Éric.

ÉRIC
Et encore moins la fraise.

ÉTIENNE
Et bien t’es difficile toi comme petit garçon… à quoi vous jouez ?

ÉRIC
… on joue à « Attrape-moi » !

Éric s’enfuit en courant vers les sables. D’un coup, il s’arrête et fixe Étienne avec les glaces qui dégoulinent sur ses mains. puis Éric repart vers les sables et disparaît derrière les arbres.
Étienne suit la direction d’Éric en pressant le pas. Une boule de glace tombe par terre. Étienne s’arrête, énervé, hésite puis jette les deux cornets par terre et essuie ses mains collantes sur son short.

20 PRÈS DES SABLES MOUVANTS EXT / JOUR

Derrière les sables mouvants, c’est une petite forêt sauvage d’arbres morts et de buissons. Éric rejoint vite la cachette où Claire lui fait signe, derrière un gros tronc d’arbre couché. Ils s’accroupissent et observent, cachés.
Depuis leur cachette, on voit la face du panneau « Zone Dangereuse », les sables mouvants et, plus loin derrière, la dune de sable. Au loin sur la gauche débouche Étienne qui les cherche du regard. Il s’approche. Puis il se dirige dans une mauvaise direction.
Claire cachée ne quitte pas Étienne des yeux.
Puis d’un coup
Claire se lève. Éric essaie de la tirer discrètement vers le bas. Éric, qui ne comprend pas, interroge Claire du regard, puis il s’arrête et observe Étienne qui s’est figé en voyant Claire.
Claire apparaît dans cette zone en friche comme une icône. Mais elle a le visage dur.
Étienne s’avance vers elle sans dévier. Dans la zone des sables, il ne se rend pas compte que ses pieds s’enfoncent. Claire se recule pour s’éloigner. Étienne fait un brusque mouvement d’élan vers elle et s’enfonce jusqu’aux genoux. Surpris il se débat et s’enfonce d’un coup jusqu’à la taille.

Éric se relève à côté de Claire. Ils fixent Étienne sonné qui s’enfonce de plus en plus.

ÉTIENNE
Aidez-moi, les enfants ! Je m’enfonce !!

Il y a des branches basses qui pendent près d’Étienne. Il dégage un premier bras, puis l’autre. Étienne essaie d’attraper les branches.
Très vite, Claire contourne les sables et file vers ces branches qu’elle casse une à une. Étienne s’enfonce doucement maintenant. Claire ne le quitte pas des yeux. Éric s’est approché et regarde, il a un peu peur.
Étienne dans les sables jette une main vers une pierre et s’accroche. Il essaie de sortir. Claire et Éric contournent les sables et arrivent. Éric essaie d’agripper la main d’Étienne.
Claire pousse la pierre de toutes ses forces sans la faire bouger. Puis elle tape sur les gros doigts d’Étienne. Éric inquiet fixe Claire qui a le regard dur.

CLAIRE (définitive, à Éric)
Aide-moi.

Éric hésite, puis aide Claire à pousser la pierre qui finit par rouler et s’enfoncer dans les sables mouvants.

ÉRIC
… t’es complètement folle.

Étienne épuisé fixe Claire qui ne le regarde pas. Claire nettoie tout ce qu’il y a autour des sables mouvants. Il ne reste plus rien à quoi se raccrocher. On voit les épaules, les bras et la tête d’Étienne.

Éric effrayé s’enfuit d’un coup, gravit la dune de sable et disparaît.

VOIX D’ÉRIC
Maman, Maman ! Viens vite !!

Maintenant Claire et Étienne se fixent. Claire, le regard dur, ne bouge pas. Étienne ne dit rien.

En haut de la butte de sable apparaît Pommone avec Éric. Le père de Claire arrive et fonce vers les sables. Il cherche partout par terre avec des yeux fous et part en courant. Étienne ne s’enfonce plus.

Sur la dune de sable, Pommone engueule Éric. Elle lui balance une gifle. Éric fond en larmes.
Puis on voit Éric répondre quelque chose bas à sa mère. Pommone inquiète se baisse et lui parle. Éric montre du doigt Étienne dans les sables : Pommone atterrée, fixe Étienne. Claire n’a pas bougé.

Le père arrive avec une grosse branche de bois mort qu’il tend vers les bras d’Étienne.

LE PÈRE (criant, à Pommone)
Allez chercher de l’aide !

Pommone en haut de la butte fonce d’un coup et disparaît. Éric reste seul et sèche ses larmes.
Étienne essaie à plusieurs reprises d’attraper la branche. Il y arrive enfin. Claire regarde son père avec haine.

LE PÈRE
Tiens bon ! Ne la lâche surtout pas.

Étienne arrive à se dégager jusqu’au torse.
Claire se jette sur son père et le bouscule. Le père lâche la branche. Claire s’agrippe à lui, l’empêchant d’aider Étienne qui s’enfonce avec la branche en main. Comme prise d’une crise d’hystérie, Claire se met à frapper son père en lui donnant des coups de poings dans le ventre en pleurant.
Son père la gifle violemment.

LE PÈRE (vif)
Ça va pas !! T’es complètement folle ma fille !!

Le père attrape la branche que tend toujours Étienne.

Claire fixe son père. En criant, Claire s’enfuit d’un coup vers les bois morts.

Le père fixe Claire qui s’enfuit. Étienne s’enfonce un peu plus.
Éric là-haut regarde loin derrière lui par où sa mère est partie. Le père, le regard préoccupé, fixe Étienne.
Étienne
sans regarder le père lâche la branche.

LE PÈRE (à Étienne)
T’es con ou quoi !! Attrape !!

On voit en haut de la dune de sable Pommone qui arrive avec un gendarme sans son képi. Ils courent vers Étienne ensablé jusqu’à la tête. Éric les suit.

Le père tient le gendarme qui parvient à agripper Étienne et à le désensabler jusqu’au torse. Petit à petit et sans qu’Étienne ne les aide, ils parviennent à deux à le sortir. Ils mettent Étienne en sécurité, par terre sur le côté.

ÉRIC (au père de Claire)
Faut plus qu’y vive, Monsieur.

Le père de Claire, essoufflé, regarde Éric. Puis il regarde dans la direction où Claire s’est enfuie.

Dans la région des bois morts, au loin on aperçoit Claire immobile qui les regarde tous. Le père fonce vers sa fille.

21 LES BOIS MORTS EXT / SOIR

Le soleil se couche.
Claire court à toute vitesse au milieu des troncs d’arbres morts, secs et blancs au bord de la Loire. Le père arrive vite en courant. Claire agile s’échappe. Le père s’arrête un moment, essoufflé. Claire en courant disparaît de sa vue.
Claire court à un niveau plus bas, arrive dans une cavité et s’y enfonce en haletant. Elle ne bouge plus. Son père arrive vite. Il dépasse la cavité par au-dessus, puis revient en arrière. Il s’arrête et écoute. On entend une respiration assez forte. Il cherche un temps, puis trouve la cavité.
Le père s’accroupit doucement dans la cavité et regarde sa fille blottie qui le fixe du regard.

CLAIRE (bas)
… y a des cafards partout.

Le père fronce les sourcils, puis tend la main. Claire ne bouge pas.

LE PÈRE (énervé)
Bon ça suffit maintenant Claire. Va falloir t’expliquer !!

Le père attrape Claire et la tire vers dehors. Il la traîne en retour vers le sables.

LE PÈRE (toujours énervé)
Il a failli mourir… c’est ça que tu voulais ??

Au loin près des sables mouvants, on aperçoit le gendarme toujours sans képi qui parle à Étienne.
Le père fixe la scène au loin et accélère le rythme, sans courir.

22 PRÈS DES SABLES MOUVANTS EXT / SOIR

Pommone, avec Éric blotti contre elle, fixe le père qui arrive en tirant Claire par le bras.
Le père voit distinctement Étienne partir avec le gendarme, monter la dune de sable et disparaître.

LE PÈRE (à Pommone, fort, très en colère)
Qu’est-ce qui se passe !! On peut m’expliquer ??

Claire quitte la main de son père et fonce se réfugier dans les bras de Pommone.

LE PÈRE (furieux)
Qu’est-ce qu’il y a à la fin ?!

Le père démuni regarde Pommone les traits tirés et graves. Claire et Éric le regardent fixement.
Le père regarde Claire qui pleure doucement. Il se calme d’un coup.

LE PÈRE (bas)
… qu’est-ce qu’il t’a fait ?

Claire sèche ses larmes. Elle remet ses cheveux derrière son dos. Puis elle garde les yeux baissés. Un temps.

CLAIRE (bas)
… il… il me touche.

Le père ne bouge pas. Claire pose la main sur son bas-ventre.
Le père devient livide. Il baisse les yeux. Puis il tombe assis sans force sur le sable.
Claire jette un regard dur sur son père. Puis elle se dirige vers lui, sous le regard de Pommone et d’Éric. Claire, comme une femme, les traits tirés et graves, fait face à son père qui ne lève pas les yeux.

CLAIRE (bas)
… debout, papa.

Le père lève les yeux. Il a le visage décomposé, sans larmes. Lentement il appuie sur ses mains et se met à genoux, la tête au même niveau que celle de Claire. Ils sont tout proches l’un de l’autre.
Le visage de Claire redevient un peu plus calme.

CLAIRE
… j’aimerais aller voir la mer.

Le père entoure tendrement sa fille des bras et la serre fort comme jamais. Il lui caresse les cheveux doucement et ferme les yeux.
Claire garde les yeux grands ouverts sans larmes.

Fondu sur

23 LA LOIRE EXT / JOUR

Générique de fin sur
la Loire, large et menaçante, gonflée de crues. Elle gronde.

À Séverine.

FIN

Août 2001

Lundi 13 août
Je vois Nathalie Jouin à qui j’explique en long et en large et en travers ma vision de Pommone. Puis je passe la journée à régler différents trucs.

Mardi 14 août
Créteil. Après avoir vu les enfants, je ne suis pas content, je fonce depuis la production jusqu’à Chouzé/Loire, aller et retour 600 kilomètres, pour convaincre la fille de Madame Baudaire où l’on va tourner. Par la même occasion, je croise Madame Bûche pour le toit de sa terrasse et Madame Morin fille, pour l’accès plus aisé au toit de la terrasse de la voisine. Un vrai parcours du combattant cinématographique. Je passe le midi par chez Alain, à l’improviste. Il me fait vite fait à manger, on cause, on rigole, heureux.

Mercredi 15 août
Grosse matinée, puis visite à la production. Rüdiger n’est pas joignable, on verra demain. Le soir, on a Jean et Valérie à dîner à la maison, grand bonheur partagé, toujours plaisir à se voir, un temps précieux où l’on apprécie de vivre. Jean me dit de profiter de ce tournage, cela arrive si peu dans la vie…

Jeudi 16 août
Hier, j’ai regardé aujourd’hui, peut-être, de Jean-Louis Bertuccelli, pour Nathalie Jouin (où elle donne la réplique à Giulietta Masina), un assez beau projet qui pêche un peu par excès d’ambition et manque de découpage, mais qui reste fort honorable. Ce matin chez Swarowski, une amie de Marie-Eve nous propose des paires de lunettes que Nathalie essaie. Elle nous montre aussi des robes, des bracelets et des montres avec le book de Cannes de cette année. Ce fut très plaisant. Cet après-midi, mauvaise surprise, le régisseur (le second) nous lâche. On n’a toujours pas d’intérieur cuisine et le temps devrait nous contraindre à y tourner lundi 20. Rüdiger au téléphone est fort aimable. Je suis rassuré. On trouve un autre régisseur. Il doit nous trouver une cuisine. Je ne sais pas pourquoi, mais je ne suis pas angoissé, du tout. Ce soir, Patrice Carré m’appelle, et depuis une montagne dans les Pyrénées, me fait une interview d’une demi-heure !! À paraître le 31 août dans l’hebdomadaire Film Français. Peut-être l’article sur moi le plus important. Je suis assez content de moi. J’ai

hâte que cela soit paru !

Vendredi 17 août
Avant de descendre dans la rue attendre Éric l’assistant réalisateur, je prends mon portable. Message. J’écoute. Rien. J’interroge, c’est un message écrit… J’avais appelé hier soir à 22 heures Éric pour lui dire qu’on avait oublié à la production la pellicule (plutôt un oubli rigolo) et que Philippe le chef-opérateur m’avait dit qu’un montant de fenêtre pour truquer les goélands, ce serait bien. Éric a pris note. Le message date d’hier 23h58. « J’ai la clef, j’ai le montant, à demain, signé Éric ». Mais comment il fait, ce garçon aux mains d’or ??
On part pour Yvetot. On se repose à Allouville au Musée de la Nature. Éric et Natacha foncent à Dieppe récupérer un aquarium qui là nous sert à garder 1 puis 2 puis 3 goélands devant un châssis de fenêtre. Ils ne font pas du tout ce que je veux devant la caméra. Ils ne tapent la vitre ni ne déploient leurs ailes. Dommage. On use 40 mètres de pellicule, environ 3 minutes pour un ou deux plans très courts. Ce sera encore autre chose que ce que j’avais prévu. Et peut-être que ça ira très bien (c’est ce qu’il faut d’ailleurs). On rentre à Paris avec deux heures et demi de retard. Barbara en boule me déteste pour ce retard et me le fait savoir. Demain est un autre jour et l’annonce d’une grande aventure.

Samedi 18 août
Il est minuit du jour suivant juste passé. Tout la maisonnée (La Ruche, à Meung/Loire) dort ou presque. Ce fut une journée de folie. Après être arrivés ici, le problème de la cuisine à trouver s’est sévèrement et immédiatement posé. Mon décor pour lundi, je devais le choisir aujourd’hui, dernier délai. Deux assistants foncent en repérer quelques-uns. Peu vont. Par ci par là quelque chose coince (suis-je trop exigeant ?). Bref, à 21 heures, toujours pas de cuisine. Tout le monde s’installe et dîne. Moi, pas. Je sens monter l’angoisse et la tension de trouver cette cuisine. Finalement, in extremis, je fais imploser ma vision de la cuisine pour en chercher l’esprit, sur les conseils de Philippe, pour y rendre Rüdiger crédible. Je me rabats sur la cuisine de Sylvie, la maquilleuse. Sans la fenêtre au fond, sa cuisine fait tout à fait l’affaire. On se pose, enfin. J’essaie de me calmer. On a trouvé le décor. Il est minuit. Je finis par manger. Je me couche, épuisé… Et pour demain, on a tous oublié de prévenir les petites dames de Chouzé/Loire !!

Dimanche 19 août
Drôle de journée de fou. D’abord, tout commence mal par un nœud tenace à l’estomac. Des trois petites dames de Chouzé, au téléphone portable à mi-chemin, l’une s’oppose radicalement à notre envahissement, nous menaçant même de la Police. L’accès à la terrasse pour poser la caméra ne semble plus possible, étant trop haut. Et puis après avoir sérieusement envisagé de tous rebrousser chemin, on décide de foncer quand même… Et puis les machinos font des miracles. On tourne chez Madame Baudaire, Carol-Ann est un peu traqueuse, ça va quand même. On tourne la terrasse, on finit vite avec Nathalie seins nus. Ça va. Puis en fin d’après-midi, on finit par obtenir d’un pêcheur qu’il nous amène sur la Loire. Moment magique où l’on navigue sur l’eau avec la caméra, je laisse ma main glisser dans l’eau tiède, on va filmer au milieu de la Loire, puis les remous. Ce devrait être très bien. On revient à Meung/Loire. Rüdiger arrive, en Mercedes. Sa politesse froide… va servir le rôle, ainsi j’en décide. Puis discussion avec Natacha sur l’illusion qu’elle se fait du cinéma, selon moi. Elle voit le son et l’image au service d’un idéal, moi je ne vois qu’une chose, le plus important dans un film, c’est de le faire… Il parlera pour vous après.

Lundi 20 août
Je dors d’un sommeil poisseux, je mets du temps à sombrer et me réveille avant l’heure. Gros travail collectif tous dans la cuisine de Sylvie. D’abord les plans imaginaires de Claire. Avec Christophe et Rüdiger. Tout va bien. Je demande à Rüdiger de passer du temps avec Carol-Ann pour le bien du film. Puis finalement l’après-midi, chose inouïe, nous avons aussi mis en boîte le premier long plan séquence que l’on tourne trois fois, en chuchotant (Bonheur ? Catharsis ? Allez savoir.). J’ai vu les décors sables mouvants. Bien. Puis le soir à la Ruche, bonheur au repas de voir Rüdiger commencer à s’intégrer (fierté personnelle aussi). Puis je vois les rushes des premiers mètres en noir et blanc. Grosse, enfin moyenne angoisse liée au cadre 16 mm Scope un peu bâtard pas convaincant (dans l’œilleton, on ne sait pas vraiment où cela s’arrête à droite ni à gauche !). Il faudra éclairer cela demain. Christophe Odent est très bien.

Mardi 21 août
Journée bigarrée. On commence par la magie. La Loire. Moi seul, à huit heures du matin, sur la plage de Loire. La brume qui s’évapore lentement sur la surface. Les goélands et les hérons. La brume qui découvre bientôt les rives. Et puis le travail, un peu déplacé. On tourne la séquence 9, le père, Pommone et le secret. Devant les caméras de France 3 centre. Belle journée de travail. On mange sur la plage et puis on attend le soleil de la fin d’après-midi. Puis le travelling retarde tout pour finir mal. On ne peut pas le finir. Problème : il manque une roulette sous le plateau caméra. Rüdiger attend deux heures. Furibond. À sa manière. Courtoise mais cassante. Un peu comme moi. Mais moi, j’aurais eu, je crois, le temps de m’attendrir un peu. Mais nous n’avons pas le même âge. Quand il est dans un plan, il se donne. C’est l’essentiel. Les comédiens portent sans trop de problèmes leur rôle. Ça grince avec Philippe des fois. Mon équipe réalisation est formidable.

Mercredi 22 août
Hier soir au dîner, l’alchimie a pris. Philippe en face de Rüdiger lui parle, puis Marc en allemand. Ça se détend un peu. Je le regarde. Il se laisse aller par moments, c’est beau. Son visage se détend, c’est bien. Et puis sous l’éclairage d’une mandarine, partie de pétanque. Je me couche.
Essayer de toujours garder la bonne distance avec l’équipe. Pas trop proche, ça colle pas. Pas trop au-dessus, ça dérange.
Matin pas exaltant, séquence 8 avec les enfants pas assez concentrés. Puis l’après-midi, moi un peu fatigué, séquence 22. La répétition très bien. Mais on s’affronte fort avec Rüdiger. Le soir, je ressens au dîner le vent bienveillant de l’équipe à mon égard. Le chef machino qui m’adresse un mot de soutien. Bref, je me sens dans un état où sans effet je gagne un peu la confiance d’une équipe. Sans me blesser ni exiger trop d’eux – ils ne sont pas payés, je trouve mon propre chemin de chef d’équipe.

Jeudi 23 août
Ouahh… Quelle journée. La fin des sables mouvants. Tout se prépare bien. Tout avance, barbecue le midi et puis froideurs avec Rüdiger avant la fin de la journée. Il part sans presque me dire au revoir. La petite fête organisée pour lui s’endormira sans lui. On reste tous sur la plage à échanger. L’électro intéressé par ma façon de travailler avec la petite fille. Le machino qui me dit qu’il a croisé un abuseur très célèbre dans la rubrique faits divers. Ils sont de la même ville. Puis ce soir Éric et Natacha me font fumer un joint. Une seule taffe je ne sens rien. Et puis Christophe Odent me fait pisser de rire, de fou rire en fou rire. Il est hallucinant. Et puis je quitte tout le monde pour me coucher.

Vendredi 24 août
Six heures du matin. Je me réveille et viens hanter la chambre de Rüdiger. Je ne sais pas ce que je viens y chercher. Une ombre de père, peut-être. Une espèce d’être opaque que je méprise et que j’admire, sans lequel je n’existe pas, qui me manque, mais qui, si je le revois, face à face, provoquera une déception en même temps que l’éblouissement de l’avoir vu donner autant pour le film. Bref. Hier, entre deux prises, tous attendent qu’un avion finisse de passer, moi j’ai dit tout fort, cet avion, c’est le direct Meung-Wuppertal. Mais personne n’a relevé.. (Rüdiger est sorti de mes rêves pour venir ici incarner un père et puis il s’est volatilisé, pour retourner dans Alice dans les villes probablement). Bon. Journée où j’ai eu fort à faire avec Carol-Ann et sa maman. On a fait nos plans. Puis il y eut le pot machino et le retour à Paris avec Marc.

Samedi 25 août
Le reportage de France 3 Centre est passé il y a quelques soirs sur la chaîne nationale, j’ai donc appris que Lionel l’avait vu par hasard !

Dimanche 26 août
Mariage de deux amis, Florence et Patrice, moi dormant dans mon assiette hier à 22 heures. J’ai réussi quand même à glaner deux trois heures de repos en plus. Le soir, retour à la Ruche, à Meung/Loire.

Lundi 27 août
Journée maussade. Le temps était contre nous, on a quand même réussi à tourner les séquences 2 et 4 comme prévu initialement, elles seront raccord avec Chouzé et puis progressivement l’ensemble deviendra plus ensoleillé. L’ambiance est correcte, les enfants m’ont fait une très belle prise séquence 2, la septième. Le soir, partie de foot très enjouée, à seize. Je suis content de l’avoir proposée. Et puis j’ai parlé avec Éric, l’assistant réalisateur, pour lui dire un peu ma conception de la mise en scène pour ce film. La simplicité, le travail et l’écoute de groupe, la non recherche de la puissance à travers mon poste, juste y être à ma place et laisser autour place à l’improvisation, l’éclair de dernière minute, peu importe si c’est un cadre proposé par le chef-opérateur, si cela me convient ! Comme la séquence 2 par exemple et le travelling latéral d’Etienne.

Mardi 28 août
Aujourd’hui beau fixe et même chaud. Pascal Ribier (l’ingénieur du son) est un amour d’homme qui fait son métier et vit sa vie avec une générosité et une simplicité qui me donne immédiatement envie de retravailler avec lui.

Mercredi 29 août
Tranquillement les dernières séquences. Puis après-midi à la Ruche le plan cafards (ce sont en fait des grillons) sur le gâteau, un peu comme les goélands, des plans pas mal (avec un très bien, mais surexposé malheureusement) et puis fin de tournage. Le dîner délicieux du soir avec magret de canard précédé par une pluie diluvienne, et l’envie trop forte de filmer encore, donc un plan (le dernier ?) de Loire sombre et chargé. Fête jusqu’à quatre heures du matin. Je déconne à la manière de Christophe Odent, c’est très agréable pour moi… Et je parviens même à faire rire l’équipe !

Jeudi 30 août
Réveil vers midi et puis départs progressifs et successifs. Tout le monde est content de l’aventure. On rentre en minibus, deux heures d’embouteillages sur le périph’. Revoilà l’enfer oublié et puis toutes ces pubs partout. Je me sens agressé. Mal à la tête. Il pleut toujours. On a eu beaucoup de chance.

Vendredi 31 août
Premiers rushes en VHS. Il va falloir que je triche. Je le sentais bien, les sables mouvants, ça ne marche pas, l’effet est raté. Il va falloir jouer les regards, et les regards et les actions sont fortes. Mais elles masqueront l’effet raté plutôt que de transcender un effet réussi. Merde. Je le sentais. J’étais sceptique, j’avais raison. Il y avait le problème argent. Engueulade avec Marc, pour obtenir une projection des rushes synchronisés. C’est chiant, il faut toujours s’engueuler. Et puis il y a un faux raccord, un parasol rouge qui a été substitué, deux jours plus tard pour un gros plan, pour un jaune. C’est chiant aussi…
Du temps avant le montage, est-ce une si bonne idée ?

Dimanche 2 septembre
Le précepte une idée – un plan, je ne l’ai pas appliqué dans de nombreux cas. Pourquoi ? Peur de l’épuisement et de la grogne. Si un long plan séquence (ex séquence 2) était difficile à mettre en place, je me satisfaisais d’une prise intégralement réussie, puis j’essayais de voir pour les plans de coupe. Erreur. Merde, cette solution une idée – un plan je la connaissais, non ? Merde. On s’engueule avec Barbara, je ne lui laisse pas la liberté de faire les choses avec moi par manque d’enthousiasme, envie de dormir, parce que je ne pense qu’au cinéma, qu’à Proust, etc. On devait aller (re)voir Traquenard. Et puis non, je n’ai plus envie du tout. Idées noires…

Interview de Pierre Filmon sur France 3

Carol-Anne Rouvier

Youri Babillot

L’équipe du film

avec Rüdiger Vogler

Richard De Vadder au travail